Réflexion sur la politique et le politique 1 – L’utilitarisme –

Publié le par Chris

 

«  Le désir d’ordre est le prétexte vertueux

 par lequel la haine de l’homme

 pour l’homme justifie ses sévices. »

 

 

            Pourquoi réfléchir sur le politique? Sur cette science à la fois ancienne et très récente, de Sun Tzé à Rawls en passant par Machiavel, qui cristallise en son sein de nombreux paradoxes philosophique comme celui de la théorie indispensable vis-à-vis à la pratique obligatoire.

            Mais pourquoi en parler, moi, maintenant et ici? La politique tient une part importante de ma vie, et son importance me la rend difficile à définir. Est-ce les manifestations lyonnaises pour des réformes? Est-ce ce coup de tazer aux milieux des anarchistes communistes devant l’Université? Est-ce des tracts? Est-ce des votes aux élections? Est-ce des AG, des discussions à n’en plus finir dans les soirs des bars? Est-ce la Touka? Est-ce ce journal contestataire, cette radio, ces engagements associatifs? Mon rôle de délégué des étudiants en philosophie?

            La théorie politique est pour ma part exagérément séparé de sa pratique. Pourtant elles ne devraient faire qu’une, c’est une profonde intuition que j’ai sur la cohérence de la parole et des actes. Mon cours sur les philosophies du politique m’a permis d’y voir plus clair sur la théorie. Nous ne nous intéresserons donc dans ce présent article qu’à celle-ci.

            Plusieurs pensées politiques : l’utilitarisme, le libéralisme, le libertarisme, le marxisme, le communautarisme, et le féminisme. Partant toutes d’une origine philosophique, puis se développant dans un cadre politique, puis manœuvrant sa pratique selon le contexte et l’époque. Souvent un énorme gouffre sépare la théorie de la pratique. Aucune théorie, aussi admirable soit-elle, n’est pas offerte à la possibilité d’une déviance, dans la pratique, qui la transforme en régime autoritaire ou dictatoriale. Pourtant une pensée politique doit nécessairement avoir un ancrage dans ces deux domaines. Toutefois, je me prête à accorder plus de crédit aux pensées politiques matérialistes, c'est-à-dire trouvant leurs fondements, dans une philosophie certes, mais une philosophie née en réaction avec un ou des problèmes de leurs temps. Le marxisme, le féminisme ou le communautarisme sont de ceux là. Ces pensées politiques sont dites contextuelles, elles semblent ainsi plus fragile, et toujours elles semblent se méfier du pouvoir en place, et in extenso du pouvoir lui-même. Cette crainte du Léviathan, dû souvent à un mauvais rêve de métamorphose du Léviathan en Béhémot – Lénine devenant Staline- me semble salutaire, car elle éloigne ces pensées d’un dogmatisme autoritaire dans la pratique autant que dans la théorie. Néanmoins, cette volonté d’avoir un pouvoir faible ne conduit-il pas, dans une relation quasi physique digne des meilleures théories organicistes politiques, à la réaction inverse d’un pouvoir autoritaire. Pouvoir autoritaire dont il faut se défier car, sans entrer dans un débat sur ces vertus économique ou de cohésion sociale et nationale, il se construit sur ces entraves à la liberté humaine. Qu’importe si je meurs de faim, je veux pouvoir choisir où et comment je mourrais, sans qu’un pouvoir me l’ordonne.

            Nous voyons arriver ainsi les vieux haillons de la dichotomie entre liberté et égalité. Ces deux hydres toujours se combattant, et jamais ne se réconciliant. Une saine politique serait celle qui les fait marcher d’égal à égale. Bref, chaque pensée politique peut se penser selon cette dichotomie. Laquelle donne plus de liberté à l’individu, laquelle autre pense davantage à l’égalité de ses membres. Cette dichotomie s’accompagne généralement, en tout cas depuis Descartes et la naissance de l’individu libre de sa détermination, de l’opposition entre individu et société. Qui se recoupe ensuite dans le choc des titans entre Nature et Culture. L’individu est-il par sa nature obligé de vivre en société? Son égalité avec les autres membres de la société est-elle naturelle ou culturelle? Tout débat politique se joue dans l’arène de ses affrontements. Nous n’en sortirons pas de si tôt, car ces oppositions font parti du langage de la Raison. Et le Raison semble être l’unique porte d’entrée du politique. Cela peut et doit se remettre en question (pourquoi la rationalité devrait être le seul langage de la politique? Voila un des questionnements de Babel), mais nous n’aurons pas le loisir de le faire ici.

            Revenons à nos bêlants et stupides moutons blancs. L’utilitarisme (Benjamin Benter 1868) n’est intéressant que pour son critère de maximisation du bonheur. En réalité, le plus bel avatar d’une Raison aveugle sur elle-même, qui ne devrait humainement s’appliquer que pour tout ce qui n’est pas humain. C'est-à-dire l’homme seul avec lui-même, l’homme face aux animaux et végétaux ou face à des abstractions logiques comme les grands nombres. Cet avatar tente un regard désanthropomorphique de l’homme sur son monde, mais sa condition même d’être humain ne l’empêche-t-il pas de se défaire de son regard anthropomorphique, son regard humain? Merleau-Ponty et Levinas seraient à consulter là-dessus. L’utilitarisme refuse toute valeur en soi pour ne reposer que sur le rationnel et sa partie logique de quantification. En cela l’utilitarisme est un fils moderne du nihilisme (pas de valeurs déontologiques en soi) et du relativisme, où c’est à chacun de juger mais à juger seul, donc une absence de responsabilité en collectivité car tous les jugements se valent. Il est intéressant pour cela et pour le fait que cette pensée est devenue la politique officieuse de toute administration, car toute administration a une tendance certaine à devenir une bureaucratie, c'est-à-dire la moins humaine des régimes politiques, où tout ce qui est humain est petit à petit épuré. Il peut être intéressant de noter que nos démocraties modernes ressemblent à un théâtre où virevoltent quelques acteurs qui nous apparaissent très humains mais qui nous cachent une bureaucratie de plus en plus froide et solide.

 

 

Publié dans fictions d'essai

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