J'ai mangé du tambour et bu de la cymbale

Publié le par Chris

 

 

 

Nous savons tout, et nous ne comprenons rien, il y a des nuits où l’on ne dort rien, une petite mélodie, un trois temps. « J’ai mangé du tambour et bu de la cymbale » disent les initiés aux mystères d’Eleusis. J’ai fabriqué avec de l’argile des larmes et quelques goûtes d’amertume. Pourquoi ? Pour dire, pour combattre et pour rire des deux monstres de l’homme, l’accordéon n’y fait rien, je nomme et j’appelle l’absurdité et le non-sens. C’est bien là un étrange combat, aussi étrange que le fait de le dire. Bigre, j’ai perdu confiance en mes mots, à trop me nommer faiseur de mots, bricoleux, fabricant de mots, je cisèle des phrases, à mes fins. Pas un compliment, mais c’est un unique regret, certains ne reviennent pas, moi je reste, dans ma tête, solide et fragile, faible et fort. Tu joues ! Tu jongles avec les mots ! Tu mystifies, tu illusionnes, tu bricoles des pantins d’ombres et des arlequins de soleil et d’ambre, pour je ne sais quel plaisir. Shakespeare, je te convoque, traverses nos siècles d’écart, et prends ton crâne d’Ossian et sors-en de tes vers; je suis initié aux mystères d’Eleusis, j’ai fait le sacrifice de ma conscience, j’ai brûler mon sens du profane pour quelques oiseaux de couleurs et oui, je te convoque, dis-moi comment prendre ce reproche de femme : faiseur de mots ? Dois-je m’interdire de danser avec elles ? Non, je n’ai que de la chair à offrir, et elles aussi, non ? Et mes envies alors ? Sans être, ou être, corrompu, j’aurai pu, quoi ? devenir quelqu’un de bien ? se courber, faire plaisir, saluer ses maîtresses d’un jappement, d’une hémistiche. Devenir moi-même polichinelle de situation et de papiers griffonnés, d’alcool, et de convenu, saluer, et devenir quelqu’un de bien, ou rien. Non, mon vieux Shakespeare, je ne suis pas fou, ni mort, je n’ai rien fait encore. C’est bien là mon seul regret que je peux me faire à moi-même, je suis acteur et j’aime mes premiers rôles féminins.

 

Ai-je encore des voyages dans mes poches ? Combien de billets d’avion me reste-t-il ? Je gagnerai de l’argent, je m’en moque. Plus une machine est chère, mieux on paye ceux qui la manie. Ma cervelle va prendre de la valeur, j’en suis sûre. Je me travaille, en artiste, en ouvrier. Huit heures par jour, mon régime, mon chagrin, ma prison. Que je me forme, moi, et moi-même tout seul. J’accroche ces huit heures à mon porte-souci à côté de mes vestes. Mes belles vestes de pédéraste, car oui, il y a une fente dans le dos où je vous montre mon cul. Sur une tribune, c’est mieux. Se sociabiliser, c’est se prostituer non ? Je rêve de grands bois que je pourrai frapper. Un seul jeune et libre coup. Je veux renverse l’échiquier du réel, tout les troncs s’écartent, la forêt lève son rideau de décor. Salut vous. Salut à toi mon lecteur. Tu n’a rien à faire ? Allez casse-toi. Faut pas avaler des mots qui ne servent à rien. Je ne les ai pas dépecer, ni apprêtés, tu vas t’étouffer et pousser ton bas ventre comme repus d’une mauvaise plâtrée de merde étudiante. De la mutation. J’achète de l’or et du plomb, ça reste impur, mais ça se boit. Je plonge dans la baignoire ma bouteille souillée. De la métamorphose, et qu’on se taise. Ou qu’on parle pour ne rien dire. Mais pas de sens, pas de sens, surtout pas de charité. La charité c’est de la pitié animale qui s’auto-analyse. Du coup, il faut arrêter de lire. Divertissez-vous d’autres choses que moi, moi je n’arrive déjà pas à me divertir de moi-même, faisons-nous passer le relais de l’Ennui, ou alors dansons, ou alors parlons. Non, ça ne m’intéressait pas. Elle m’intéressais elle. Elle est déjà rejoint mes dieux, mes terres, et mes étoiles. Et ça m’échappe, ça dresse ma mémoire dans une offense éjaculatoire, mais ça reste impuissant. On est pas viril, avec ces souvenirs. Quand on a rien, il reste les cauchemars, et ces putains de souvenirs. C’est ça le drame, un homme seul, ce n’est pas un homme, c’est des organes qui se baladent et qui vomissent leurs échecs le longs des quais. Je porte un écriteau dans mon dos : « échec ». Qu’est ce que je vais faire ? Et vous ? Qu’allez-vous faire ? Je vais traquer le sourire. Chasser la joie, m’en faire un manteau sanglant, où je pourrai cacher mon drame. J’espère que ça puera, je pourrai être fier alors. Après, je m’arrangerai chez moi : un cœur, un manteau de joie, de la fierté, des alcools forts d’oublis et une grosse dose de temps et de silence. Tout ça dans la marmite de ma connerie, ce sera le médicament. Fils de pharmacopée, j’enmerde l’éthique, je ne veux pas guérir, je veux juste l’oublier.

 

 

 

 

 

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