Babel XIV
La nuit s'avancait, et endolori de trop de fatigue et de douleur, je me couchai dans un renfoncement rocheux, prêt à dormir comme un chien.
L'obscurité vint vite,et avec elle, le froid du désert. Je tentai de rabbatre mon manteau usé pour me protéger le plus possible,et me tordis en boule pour ne pas trop m'exposer à sa morsure. Je me sentais éreinté,du dedans comme du dehors, vide de toutes sensations.
Quand parfois la torpeur vous prends, vous pouvez vous secouer, en vous disant "il me reste cela à faire", mais je ne trouvai rien à faire. J'étais perdu dans un monde que je ne connaissais pas et dans une situation que je n'avais pas voullu. L'ombre de Babel tomba sur moi, au moment où la lune apparue, déchirant les nuages filandreux du ciel. Véritable négation de l'espace entre le ciel et la terre, la nuit la rendait presque belle. Mais cette pensée ne suffisait pasà me consoler.Demain, j'allai frapper aux portes de la ville, n'en étant plus très loin et n'ayant rien d'autre à faire dans ce désert. J'avais, en plus, la peur bleue de recroiser Caïn et Baudelaire. Le vent hurlait, et me rappellait leur rire de folle agonie.
Impossible de dormir, le froid était trop vif et la gorge me brûlait. J'étais malade et je ne savais de quoi, je suais et tremblais en même temps. Je me mis à maudire les dieux et le hasard de m'avoir mis là, sur ce sable de poussière. Je me mis à maudire à ma mère dem'avoir enfanté. Je me mis à maudire mon père d'avoir cru bon d'avoir un fils. Ils étaient loin et je m'en réjouissait. Le cadavre empalé était loin et pourtant son regard revenait sans cesse à mon esprit. Ces derniers mots me prenaientà la gorge.Je voullu cracher et je ne pus que baver un mince filet de sang. Je pris ma tête dans mes mains, et mes cheveux me semblèrent morts et mes mains comme celle d'un autre. Je voullu me lever, sortir de ce trou. Je ne pus que ramper et trébucher. Mes pieds étaient morts et glacés. Les étoiles tournèrent un moment et s'éteignirent. Le monde devient flou, seul la tour resta visible. Une douleur atroce brûla mon ventre. Mes cils s'enflammèrent. L'air me manqua.
Je cru mourir.
Du gouffre noir de la mort, je ressentai plus rien. Puis mes larmes formèrent un fleuve de lave incandescente, descendant jusqu'à ma joue, se séparant, et brûlant ma gorge, un mince filet s'approcha de mes lèvres ensanglantées. Dans ma bouche, au goût du sang se mêla celui du sel. Une chaleur douce m'envahit, et j'eu l'impression de flotter dans l'espace un instant.
Lentement mes paupières s'ouvrirent sur la douce lumière de la lune. Elle rayonnait de toutes sa splendeur au dessus de Babel, l'ayant dépassé malgré sa hauteur. J'étais assis contre un rocher, envellopé d'une chaude couverture brune. En face de moi, le désert me faisait face, avec une mince ombre, en plus. Elle se tenait à quelque mêtre de moi et semblait me sourire et me regarder.
- Qui êtes-vous? articulais-je douloureusement.
- Toi, ton compagnon de voyage. Mais pour simplifier la chose et ne pas créer de problème de schizophrénie supplémentaire, appelle-moi Baal, tout simplement.
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