Babel XX - notes -

Publié le par Chris

Imaginons que Dieu existe et qu'il soit l'auteur de la chute de Babel. Si l'on enlève ces deux prédicats, que tient férocement sous scellé la Bible, les réflexions peuvent devenir terrifiantes. Comment a-t-il provoqué cette chute?

Dieu agit dans une logique, sobre et terrifiante.Les hommes veulent monter jusqu'à lui et se rassembler en une seule unité totalisante? Il descend et les différencie. Il a déjà rêglé les problèmes humains par la force et la destruction biologique? Il va user d'un moyen non-violent, à portée psycholinguistique. mais la question est : de quelle nature est cette confusion linguistique? S'agit-il de  la représentation du langage humain avec le réel ou des codes de langage entre humains.

Dans un premier cas, cela signifierait que l'homme serait à présent incapable de saisir la nature véritable du Réel. Dieu n'a pas créer une destruction dans sa création, mais plus véritablement une inflexion, un changement de statut de ses créatures. A même titre que la chasse d'Adam et Eve du paradis terrestre. Les mots deviendraient alors aussi vrai à l'homme que les reflets du soleil dans l'eau. Le sens véritable, le mot juste serait ainsi hors de portée, placé dans un au-delà, symbolisé par le ciel. Dieu, en remontant l'aurai ravi aux hommes, jusqu'au jugement dernier, où le sens véritable redescendrait aux hommes. Le mot "Jugement" implique bien cette notion de juste valeur des mots, mettant les hommes face à leur vice. D'ailleurs le mot "Apocalypse" revient à son sens "Revelation", révélation du sens véritable des mots, parfaite harmonie entre le signifiant et le signifié.

Dans un deuxième cas, et c'est plus dérangeant, Dieu aurait entrainé la confusion dans les codes linguistiques humains. La Vérité serait toujours disible par l'homme, mais elle ne serait plus communicable d'un homme à un autre, chacun ayant son propre code, grille d'interprétation du Réel. Cette absence de compréhension serait la cause des conflits humains. Chacun détenant la Vérité, mais ne pouvant traduire que sa Vérité, sans pouvoir comprendre, sans faire sienne, la Vérité de l'autre. Le Vrai et le Faux ne serait alorsplus lié au signifiant mais à l'énonciateur. Edifiant ainsi l'individualité comme source de la Vérité.

Ainsi dans cet épisode biblique, Dieu a tracé un nouveau trait de la condition humaine; l'Interprétation. Mais de deux facons différentes selon la lecture du texte. Soit les hommes  peuvent gardé un espoir d'être unis, mais en restant couper de la réalité. Soit les hommes sont irrémédiablement confronté à l'incompréhension et à une unique vérité; la sienne. Dans un premier cas, la recherche d'une langue adamique et d'une entente originelle reste possible (ex: l'anglais pour la langue ou l'ONU pour l'entente). Dans un deuxième cas, la compréhension parfaite entre les hommes est impossible, mais la connaissance du réel est possible. Lapremière vision est kantienne ( nomades insaisisables ), la deuxième est cartésienne ( le cogito comme principe de vérité ).

Mais cela laisse place à une autre question alors; quelle est, dans les deux cas, la position de la poétique ?
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Publié dans Babel - brouillons-

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