Babel VIII -brouillon théâtre-
- Que fais-tu ? Tu ferai mieux de dormir.
- Je ne peux pas.
- Pourquoi ?
- est ce que j'ai dormi, pendant que les autres souffraient? Est ce que je dors en ce moment? Non, je ne peux pas.
- Tu m’ennuie.
- Demain, quand tu croira te réveiller, que diras-tu de cette journée? Que tu as essayé de rassembler quelques pierres, sans savoir vraiment ce que tu faisais?
- Oui
- Sans doute. Tu auras raison, sans doute. Mais dans tout cela qu'y aura-t-il de vrai?
- …
- Tu ne sauras rien.
(l'autre s'éloigne)
(le premier, face au public, pour lui même)
- Lui ne saura rien, ça ne l’intéresse pas, l’obscurité a aussi sa quiétude. A quoi bon la voir ? Elle est encore à moitié debout, et sa cime est rouge de nos souffrances. l'air est plein de nos cris. Mais on ne l'entends pas, on s'y est fait. Avec l'oubli…
(l’autre revenant)
- Oublié quoi? Dis.
- Toi, moi, nous ne savons pas quoi. Nous dormons. Moi aussi, un autre me regarde, en se disant "Il dort, il ne sait pas qu'il dort. Alors qu'il dort!"
- Tu m’ennuie. Va dormir. Tes mots ne disent rien, et tes cris ne construisent rien. Tu es inutile.
J’aurai du resté aveugle.