Babel XXVII - le vieil homme du café -

Publié le par Chris

 

Dans un vieux café d'un vieux quartiers de la vieille Babel

un vieux monsieur, avec son vieux mégots

buvait un vin vieux dans un vieux verre

il avait un sourire tout jeune

il me dit :

 

"Regarde mon petit gars, Babel m'a coupé la main droite

elle écrivait trop de mots, trop de mots inutiles,

et oui tu sais j'ai bati chaque mur de ce bout de quartiers,

mes mots ont colorés ses briques de mes virgules

tu sais, nous autres versificateurs et déboulonneurs de définition

nous sommes au final les plus grands constructeurs

de ce lieu maudit. Elle emprisonne chacun de nos mots

et nous fait croire que tout ce que nous écrivons est déjà quelque part écrit

alors on devient fou

on boit

on brûle ses soleils

on brûle les cordes de ses instruments de voyage

on brûle ses raisons

et on finit par se couper la main, tellement on y croit

on y croit plus

précisément.

Toi aussi, tu verras, tu boiras le vin vieux

avec des amis qui souriront de leurs dents blanches

et le vin rouge coulera sur la nappe blanche,

et les petites pailettes dorées n'auront rien à faire

ce sera trop tard, quand tu riras de ton gras rire bourgeois

gras rire trop gras

de ton rire blanc de désespoir

de ton rire sec

de ton rire froid et jaune et vert

de ton rire trop tard

et alors c'est la grande ironie de cette vieille Babel

oui, tu vois je n'en suis pas sorti

je n'étais pourtant pas loin

j'avais tout franchi, tout éliminé

mais il me restait mes mots, que j'avais beau découpé dans tout les sens,

j'avais coloré de toutes les couleurs, libéré de tout les gardes-casernes

j'avais même dressé les oiseaux, pour me ramassé les vieux mégots

me prévenir des poulets qui s'aventurait de ce côté ci,

et des mignonnes se baladant de ce côté-là

et ci et là, j'ai fait des mots des chansons

pour les pauvres

pour les intellectuels

pour ceux qui s'en foutent

pour les cons

pour les autres, et les autres des autres

et parfois pour les miens

Et des chansons qui s'envolent

ce n'est plus vraiment de l'écrit, ce n'est pas de l'oral

d'ailleurs ca ne veut rien dire

mais tu vois, je suis toujours là

à boire mon vin vieux, pour me sentir mieux

quand passe le froid, les clowns et les gardes

mais je suis toujours là, coincé par mes mots,

je n'ai pas su dire tout de Babel, je ne suis pas allé en son coeur

au creux des métaphores

au fond des paradoxes

au firmament des paradigmes

peut-être fera-tu mieux que moi, car en effet c'est certain c'est sûr

disent les cons

tu es philosophe

et c'est pire

un philosophe est un chasseur

un chasseur de vérité

je ne te citerai pas tout de ton attirail tu les connais trop bien

les 12 facultés de l'esprit

les paradigmes du cogito

les formes de l'univers

les rasoirs d'Ockam qui égorgent les Entéléchies

les lames des définitions qui découpent le réel

enfin tout cela

et tout ce que vous découvrirez

et tout ce que vous redécouvrirez

tout ce que vous avez oublié

tout cela dans la besace

à concept et à définition

à la chasse à vérité

vous avez des chiens pour rabattre le gibier

des levriers de sciences

sciences dures

sciences molles

sciences mathématiques

sciences humaines

et ça gueule dans le bois

et vous traquez tout les coins de la conscience, du réel

jusqu'à la plus petite niche ontologique

et pan pan! c'est trouvé, défini, délimité, publié

vous êtes content, vous l'emportez

à vos femmes, vos enfants, vos chiens

on fait rotir le tout, manger, et demain il faudra recommencer

la vérité d'un jour ne suffit pas pour le lendemain

pour les philosophes

l'es-tu?

te tais-tu?

t'es-tu tué?

qu'as-tu?

tu es pâle!?

ne crains rien, bois un peu mon vieux vin, mon vieux poison, mon vieux sang, mes vieux mots, mes vieilles rengaines, mes vieux refrains de casernes, mes vieilles métaphores

moi je ne peux plus changer, je suis comme un oiseau en cage

mais et ou or ni car

toi tu peux changer

toi

et tout cela

brise-moi tout ça

que je rigole "

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Publié dans Babel - brouillons-

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C
<br /> qu'est-ce...?<br /> what's fuck?<br /> <br /> curieux néologisme ! de quelle cage s'est-il échappé?<br /> <br /> <br />
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P
<br /> pourquoi j'ai l'impression d'être là, effeuillé, les yeux cernés, désabusé de mes mots ? pourquoi j'ai l'impression que tu peux garder tes deux mains ?<br /> <br /> <br />
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