Exil IX - Photos colorée de joyeux souvenirs
Je me crois protégé. Je bâtie mes illusions protectrices, trace les frontières de mon monde et décide des caps de mon horizon et de mon avenir. Je rature les mots tristes. Je parle par la bouche du « On ». Je rédige proprement, en soignant les phrases. Je bois, je sors et j’oublie. J’oublie. J’oublie.
Et pourtant certains soirs, je ne peux dormir. Au plus profond de la nuit, lorsque les aiguilles de l’heure commencent leur chute quotidienne vers le bas du cadran, des vieux cauchemars reviennent flotter dans mes nuées. Ces vieilles peurs, ces vieux doutes qui scellent mes yeux sur les mêmes souvenirs. Je me sens cave et, perçant le plus profond de mon être, je me rends compte de mes défauts, vices et amertumes. Amertume de vivre, sa sonne comme l’écume de la mer sur une rive. Une rive dont je ne veux pas. Je crois que je ne m’aime pas beaucoup personnellement.
Et puis Jovial arrive. Il efface les pièges et les mauvaises paroles, dératures les mots tristes et les colores. Il les crie au ciel et leur écho contre les étoiles le fait rire. Il se met à rire alors pour rien, comme un cadeau à l’absurdité de la vie. Il souffle sur l’illusion débile du bonheur et sors sa bouteille de joie. Alors je bois, j’oublie, et retrouve la joie.
Jusqu`à la prochaine fois, peut-être.