désagréable rappel
Les indiens Kogis
Les indiens Kogis nous montre une illustration criante des ravages du capitalisme moderne. Une illustration rien de plus, et c'est déjà trop. Il revient à ma mémoire un vieux problème de rhétorique. Je peux abstraitiser l'image, définir quels articles de la DDH ont été violés, pointer du doigt les mécanismes militaires, économiques, sociaux, ou encore psychologiques qui font tourner les acteurs de ce cas. Je peux prendre tout cela, effacer les noms et varier les chiffres. J'obtiendrai alors une grille de lecture ré-utilisable pour les 64 autres peuples menacés de Colombie. Et je peux étendre la chose à tout les peuples opprimés par l'uniformisation moderne que véhicule la mondialisation. Assez d'hypocrisie, notre mondialisation économique ruine mondialement la culture humaine. Et un homme sans culture ce n'est qu'un produit de consommation. Je peux dire cela et le croire. Après je peux boire, raisonner, bavarder et oublier.
Mais pourtant il me reste le nom de celle qui me parle; Ana Dingula. Je ne sais rien d'elle. Je l'ai rencontré,elle me parle. C'est un visage, une parole, une mémoire, un sourire...et tout cet ensemble de choses qui forment une personne. Une personne que le capitalisme ronge lentement à son tour., comme tout les jeunes de son peuple qui désormais hésite entre deux vies, l'une en exil l'autre en mourrance. Et ce capitalisme, je lui donne jour après jour, mois après mois de ma vie, ma contribution, ne serait-ce qu'en achetant du papier chiotte au supermarché. Alors on oublie, on boit, et le lendemain matin si on a bien tuée sa mémoire on a juste mal à la tête, sinon on a aussi honte.
Pourquoi ai-je une conscience? Pourquoi ai-je des yeux et des oreilles? Les Kogis disent « Si nous disparaissons, vous ne serez pas loin derrière. » Ils ont raison, le capitalisme ne veut pas de conscience. J'oublie et je disparais.
C'est une phase nécessaire mais cela ne me suffit pas. Je m'interroge.