Babel XXIII - théâtre -
(voir Babel VIII)
Un homme ( x )sur scène, il tourne en rond. D'un pas vif et énervé. Au sol, un deuxième homme ( y ) semble dormir. Un troisième homme rentre ( z ), les regardes puis s'assoit sur une pierre, prêt de celui qui dort.
Le premier homme marmone quelque chose, puis prend à témoin le deuxième et troisième homme.
x - En fait, nous nous sommes totalement gourré.
y - Brillante déduction. Un peu tardive, mais brillante.
x - Ne te moque pas. Je voullais dire : nous nous sommes gourré depuis le début. Sur le caractère de Dieu.
y - Oh je dors !
z - Non, va-y continue. Cela m'intéresse.
x - Merci. Nous l'avons cru bon. Parce que c'était écrit dans la Bible et que on nous l'avait seriné depuis notre enfance. C'était habile et motivant, de savoir qu'on avait là-haut une sorte de grand-père qui nous aimait et nous donnait un coup de pouce de temps en temps si on se conduisait bien.
y - Et puis un jour, badaboum, elle s'est effondrée.
x - Et oui ! Dieu n'a rien de bon, il ressemble plus à un Jupiter satanique qu'autre chose. Nous, ses fils, ils nous as réduits en poussière et nous laisse crever maintenant comme des rats.
(un temps, le troisième homme rit soudianement.)
y - Pourquoi ris-tu? J'essaye de dormir.
z - Vous ne trouvez pas cela un peu facile? Cette histoire de Dieu? Avant vous étiez quoi? Des libéraux? Des cadres aisés?
x - Cela ne te regardes pas!
z - Bon, d'accord! Mais vous pleurez sur votre sort comme des enfants. Plaignant tout d'un coup votre Dieu, comme des enfants malheureux. Je ne suis pas de votre sorte. Pour moi Dieu n'existe pas.
y - Superstition, mon vieux!
z - Ou il s'appelle Hasard alors. Je n'y vois aucune différence. Vous êtes jolis à vous plaindre là, mais je n'ai pas vu un doigt énorme sortir du ciel écraser tout.
x - Mon pauvre! C'est métaphysique.
( le troisième homme se lève et se plante face au premier )
z - Métaphysique mon cul! Ou étiez-vous lorsque les premiers signes de destruction se sont amoncelés? Tu pleures car tu sembles surpris. Mais elle ne s'est pas effondrée en un jour. Oh non, depuis des générations la base branle sous votre poid, vous les puissants. mais vous faisiez semblant de ne rien voir. Dans les salons, vous tiriez les rideaux pour ne pas nous entendre dans la rue. Et vous continuiez à vous complaire à voix basse. A chaque misère du peuple, vous fermiez les yeux. de honte et e culpabilité. A croire qu'en voullant toucher le ciel, vous en aviez oublié la boue de la terre. Cette chute vous l'a rappelle, et je devrais pleurer? Je suis presque content, tiens. Vous nous avez méprisé.
x - Tu délires ! Tu te prends pour Dieu !
( un temps, le troisième homme rit de nouveau. )
z - Dieu? Cela fait longtemps que je ne l'ai pas vue, tiens! Crois-tu qu'il y avait Dieu, dans nos manifestations, dans nos grèves et nos luttes? Quand, n'en pouvant plus, tout à craquer, je n'ai pas vu de signe divin. Juste de la faim, de la colère et le sang des hommes. De plus en plus. Dans les yeux de nos enfants, quand ils apprennaient qu'ils vivraient moins bien que leurs parents. Dans les yeux des anciens, quand il s apprenaient que ce qu'ils avaient fait ne servaient à rien. Eux avaient les yeux ouverts. Descends de ton nuage, Dieu est mort depuis longtemps. C'est la misère qui a tout fait craquer, et ce n'est pas Dieu, mais vous, les hommes aveugles à notre destin qui êtes responsables.
y - On est propre, maintenant, tiens!
Un homme ( x )sur scène, il tourne en rond. D'un pas vif et énervé. Au sol, un deuxième homme ( y ) semble dormir. Un troisième homme rentre ( z ), les regardes puis s'assoit sur une pierre, prêt de celui qui dort.
Le premier homme marmone quelque chose, puis prend à témoin le deuxième et troisième homme.