Babel III

Publié le par Chris


C'était un rêve. Et je me réveillai, la tête dans le sable insidieux. A mon visage, des larmes coulaient, je ne savais pourquoi. Une quinte de toux, je crache un caillot de sang devant moi. Il faut que je me redresse, j'ai du mal à ouvrir les yeux, un vent sec me griffe la face. Je suis à genoux, au milieu de nul part. Je n'entend rien, je tente de mon protéger dans un large manteau misérable et gris cendre. J'attend, il n'y a que ça à faire.

Le vent se calme, je m'aventure à me lever. Je marche difficilement, la tête me tourne comme ivre. Je ne vois qu'une infinité de dunes de sables, et de rocailles, le vent s'était un peu levé. Quelques buissons éparses ne riment à rien, le soleil n'apparaît nul part, et pourtant c'était le jour. Je tousse de nouveau, nouvel tâche rouge dans la poussière. La tempête levée, mes oreilles retrouvent leurs fonctions.

J'ai erré comme cela quelques moments, avant d'entendre soudain des rires. Des rires ou des hurlements rauques. Il semble venir de derrière cette dune rocailleuse; je m'en approche prudemment.  C'est en fait, une sorte de plateau où deux hommes s'esclaffent, l'un debout face à panorama s'étendant à ces pieds, l'autre était assis dans un vieux et large fauteuil de cuir rouge. J'apercois près d'eux, deux ou trois cendriers, un coffre ouvert, et quelques bouteilles ouvertes ou encore inviolées.

Celui qui est debout est habillé d'un vieux feutre, d'une chemise blanche et d'un gilet noir ouvert, il fume une cigarette. Je le vois plié en deux, et plus je m'approche, plus je remarque, sa maigreur. Celui dans le fauteil semblait plus misérablement habillé, de véritables haillons, qui cachaient mal son corps de colosse. Des cheveux désordonnées tremblaient sous son fou rire.

Puis, alors que je n'étais plus qu'à cinq mêtres d'eux, ne sachant quoi dire, et que faire, le plus maigre, se retourne vers moi, nullement surpris ou interrogateur, il m'invite à les rejoindres. Ivre ou hoquetant sous le poid de son rire, je le rejoins, peu à l'aise et prudent. Dans le fauteuil, l'homme m'offre dans un verre de cristal un vin rouge à la teinte noire, d'un regard et entre ces ricanements.

En m'approchant de la falaise, alors que l'homme me prenait amicalement par les épaules, je vis tout d'un coup l'horizon du désert, s'étalant devant moi. Au milieu du désert s'étendant sans fin, jusqu'à l'horizon, où se mêlaient les nuages gris cendre, elle se dressait. Silencieuse et odieuse.

L'horreur me frappa, je lacha mon verre, qui se brisa sur les cailloux, et tâcha les pans de mon manteau. Je tombai à genoux, devant le spectacle immense et grandiose qui s'offrait à moi.

Je les reconnu alors, Caïn et Baudelaire, riant devant la grande Babel.

Ce n'est qu'un rêve.


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Publié dans Babel - brouillons-

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