Le sang du vécu

Publié le par Chris

Le sang du vécu



Souvent à la clarté rouge d'un réverbère
Dont le vent bat la flamme et tourmente le verre,
Au coeur d'un vieux faubourg, labyrinthe fangeux
Où l'humanité grouille en ferments orageux

On voit un chiffonnier qui vient, hochant la tête
Butant, et se cognant aux murs comme un poête,
Et sans prendre souci des mouchards, ses sujets,
Epanche tout son coeur en glorieux projets.

Il prête des serments, dicte des lois sublimes,
terrasse les méchants, relève les victimes,
et sous le firmamnt comme un dais suspendu
S'enivre des splendeurs de sa propre vertu



Ceci, de Baudelaire, avec un air d'Ezekiel en tête, pour peindre cette réalité. Lorsque l'homme, sublime et audacieux, rentre chez lui. Il est 4h du matin, il aura droit à 3h de sommeil et repartira pour une nouvelle journée où il ne sera tranquille que le soir, peut-être. Ce délire le fait rire, il se croit fort, car il se voit 100 espoirs se réaliser, et 100 visages reconnaître. Il lui semble même parfois que le Réel tout entier se plie sous ses pieds, pour accomplir sa volonté. Il se croit fort, il lui semble qu'il peut aller où il veut, avoir ce qu'il désire, bâtir selon ses rêves les toiles humaines les plus improbables. Il se croit fort, et il rentre chez lui et arrive devant sa porte.

Mais voici qu'il l'attend à la porte, -Baal!? Que fais-tu là? Tu n'existes pas! -Peut-être, mais toi tu as bu et tu délires. -A quoi joues-tu? -A Rien, mais tu te montes la tête. -Peut-être, et alors? Si je le peux? -Alors, Crache!

Une toux le prends dans le creux de sa gorge. Il tousse et un caillot de sang gicle par terre. Il forme une petite tâche vermeille sur le béton. Il vacille, se retient à la poignée, et s'asseoit sur le perron. Un moment immobile et sans souffle, il éclate d'un éclat de rire douloureux. "Quelle absurde ironie!" murmure-t-il, avant de rentrer chez lui.

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