fragment de récit II

Publié le par Chris

 Les deux hommes se séparèrent, se positionnèrent à l’intérieur du cercle, et d’un coup, ils s’élancèrent l’un contre l’autre…

        
Le chant reprit de plus belle, accompagné des instruments et de chacunes des mains battant la mesure de ceux qui étaient resté dans le cercle.
        Les deux hommes se touchaient à peine, mais à chaque geste, ils pourraient se percuter. Ils se tournaient en rythme l'un autour de l'autre. Les coups de pieds, enjambements, passades, et autres enchainements gymnastiques, s'enchainaient en un tourbillon incroyable. Chaque coup était une question au corps de son adversaire, à chaque fibre de chacun de ses muscles. "Peux-tu esquiver ceci?" semblait demander chaque seconde. Et l'autre invariablement répondait: "Oui, je peux, et toi, peux-tu éviter ceci?" A chaque fois, tête et pieds, mains et coudes se frolaient.
              Tel des serpents cherchant à se mordre, ils descendaient parfois au ras du sol, pour remonter aussitôt, dans des sauts périlleux et autres défiant les lois de l'apesanteur. Leurs gestes n'étaient aucunement précipités, mais la cadence était une ligne que jamais ils ne quittaient. Leurs deux pieds retombant au sol, en même temps. Leurs regards surtout, jamais ne se quittaient, malgré le danger de cette concentration.
           Léo était tellement fasciné, que tout son corps était tendu vers l'incroyable scène. Sans qu'il ne s'en soit rendu compte, ses mains battaient elles aussi la cadence. Après quelques secondes de cette lutte, il se rendit compte que les deux adversaires se jugeaient juste pour l'instant. Comme un échauffement ou des préliminaires, ils se testaient dans leurs mouvements; le combat n'avait pas encore commencé. Puis, sans que Leo ne remarqua quoi que ce soit, à part un froncement de sourcil ou un sourire naissant peut-être, le combat s'accéléra. Les coups se firent plus vifs. Le guerrier blond semblait littéralement ne plus toucher sol, si ce n'est avec ses mains. Son être entier n'était que mouvement, force et violence. Les coups commencèrent à porter.
         Le géant brun, un moment étourdi, se reprit, et bloqua coup sur coup, envoyant ses bras à l'avant de son adversaire, comme dans le but de décrocher sa machoire, et ses pieds devinrent littéralement des machettes près à briser os et nerfs. Plus corpulent que le guerrier blond, il n'en était pas moins vif, et jamais ses pieds ne restaient longtemps au même endroit. Mais dans un saut arrière défensif, le guerrier blond se fondit sous ses défenses, et par un coup de pied finement calculé, il toucha l'abdomen de son adversaire. Il le toucha comme un avertissement, une insulte moqueuse, une claque qu'un maître donne à son disciple. Sans être déséquilibré le'homme au cou de taureau poussa un rugissement de colère, et fondit sur l'orgeuilleux danseur, d'un saut il vola à l'autre bout du cercle, les pied sen avant, et la lutte reprit encore plus saccadée.
           Soudain le guerrier brun inversa le mouvement de ses pieds d'une demi seconde, évita une attaque en se décalant vers la droite, bloquant la retraite de son adversaire. Tout en se protégeant le visage de quelques coups improbables, il lança un coup de pieds, visant le flanc du guerrier bond. celui-ci tentait de sortir de l'impasse créé par une roue, et le pied aurait touché si par un contorsionnement, que Léo aurait jugé d'impossible s'il ne l'avait vu, sa tête resta fixe alors que son corps entier tourna sur lui-même. Stoppé par son regard vert, le coup manqua et le visage carré de l'homme au coup de taureau se transforma en un masque de colère.
          Léo cru un instant, qu'ils allaient perdre maintenant toute retenue, et que le sang allait inévitablement giclé, quand après trois coups répétés sur l'instrument à corde, les musiciens cessèrent. Le silence, soudain figea le mouvement, et la fixité cassa le rêve des corps dans leurs folles effusions. Les adversaires, dont les visages se touchaient presque se faisaient toujours face, quand un homme aux cheveux blancs se leva du cercle des hommes assis.

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Publié dans fictions d'essai

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