Discussion avec un homme inconnu, ivre, philosophe, et moderne

Publié le par Chris

« Morale » ! « Morale » ? Vous n’avez que ce mot à la bouche ! Etes-vous des sourds aveugles ou des bourgeois endormis du XIXème siècle ? Mais je m’emporte…excusez-moi…Il faut que je m’explique, tout reprendre depuis le début. Oui, c’est cela ! Expliquons ! Non, je ne suis pas moral.

 

            Je ne suis pas moral comme vous. Ce que vous appeler Morale, je le nomme Jugement. C’est votre capacité à juger sans connaître toutes les causes, et toutes les conséquences. Morale, c’est pour vous ; Noir, ou bien, Blanc. Jamais ; Gris. Et si, ô hasard, c’est Gris, ce n’est que par charité chrétienne, et générosité envers vous-même. Or, moi, je vous dis que non.

            Pourquoi non ? Parce qu’elle n’existe plus votre morale ! Elle a été détruite dans le feu des siècles car ce n’avait été qu’une pure construction intellectuelle humaine. Déjà, la première caution qu’on lui avait donné n’est plus : Dieu est mort ! Hé oui, c’est bien Lui qui tenait le glaive justicier, non ? Et par cela, premièrement, ne trouvez-vous pas que la justice n’a plus de sens ? Et elle en a conscience ! La sentant, elle se délite dans un formalisme absurde : la Loi pour la Loi, sans que l’intelligence n’y prenne part. Nous en avons tous vu, des procès grotesques.

 

            Elle se perd car elle n’est qu’un château de cartes. Un jeu de construction juridique qui se résume à une phrase simple. Si simple que n’importe quel primate la comprend et que tous y adhèrent et par cela reconnaissent la justice. Œil pour œil, dent pour dent. Cette relation qui marche depuis des siècles, d’homme à homme, et de peuple à peuple. Je t’ai cassé quelque chose ? Tu me dois tant. Je t’ai pris ce territoire ? Tu me dois tant de contrat.

 

            Deuxièmement, cette morale s’est fait à la va-vite, sans connaître la nature de l’homme, qu’on le croit maudit ou divin d’ailleurs. Enfin, il nous manquait ce que nous savons, nous ; hommes modernes du XXème siècle. Il aura fallu que se déclenche le pire génocide de l’Histoire ; la Shoah, pour que nous nous rendions compte du gouffre d’Inconnu que nous avons dans la connaissance de l’être humain. L’horreur a été telle, car notre ignorance était énorme. Nous avons été mis devant l’immensité de ce que nous avons cru savoir. Comment prévoir que l’homme fut capable de telle atrocité ? Ainsi toutes nos petites constructions culturelles se basant sur la connaissance enfantine de l’homme ne paraissent-elles pas puériles ? Comment croire à la morale après Auschwitz ? Comment ?

 

            Elle a malheureusement bien montré son inefficacité. Mais je ne peux pas vous en vouloir. Oh non. Nous avons peine à croire, encore maintenant, de l’immensité de la chose. Nous avons mis tellement de temps déjà pour comprendre que Dieu n’existait pas. Dieu n’est pas mort en un jour. Oh que non ! C’est Descartes, je crois, qui a donné le premier coup de poignard. Son arme ? Le Moi ! Savoir que j’existe en tant qu’être pensant. Ca nous semble facile, mais à l’époque…Et il y en a eu d’autres après. L’homme a tellement bien fait sa place dans l’univers que nos grands ego, désormais surdimensionné, foulent le cadavre de Dieu chaque jour. Dieu ne montre plus le droit chemin qu’était la morale, pour donner un sens à notre vie. On n’y croit plus. Plus après ça, désolé. Alors non, la morale que vous plaidez n’existe pas. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de sens au monde, je dis que je doute sérieusement de votre chemin, où la vertu me semble caduque.

 

            Ne prenez pas cet air choqué, je ne dis rien de bien nouveau. Oui, vraiment. Il nous suffit d’écouter le procès de Nuremberg, voir l’art abstrait ou lire les pièces de Beckett ; notre monde, notre existence n’a plus de cohérence. Et nous ne trouvons pas le sens de la vie. Ce qui pourrait nous donner un sens à vivre, pour pouvoir ainsi nous fixer une ligne de conduite, et s’y tenir. Et inutile de s’y raccrocher ; cela n’est bon que pour les ignorants ou lâches.

 

            Je parle de littérature, mais en regardant autour de nous, ne voyons-nous pas une folie absurde guidée nos économies. Ou, une sur-consommation, une sorte de consumérisme où nous voulons tout pour combler notre vide d’être ? Ah ah ah, mes amis, l’Humanité est soûle. Vous avez lu le Petit Prince ? Elle boit, ou consomme, pour oublier qu’elle consomme, et elle consomme pour oublier qu’elle a honte. Honte de quoi ? De ne pas savoir qui elle est.

 

            Pessimiste ? Ah ah, non je suis optimiste. Sérieusement. Oui. C’est dans ma nature. Voilà le grand défi que je me lance. Trouver un sens à la vie. C’est ainsi, l’homme moderne devra être ambitieux pour sortir de ce siècle de consolation. ET fier aussi. Car il devra, s’il trouve sa vérité, la Vérité même, la clamer haut et fort en soutenant que tout ceux qui étaient là avant lui ont eu tord.
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Publié dans Etudes sur le Jovial

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