Rêverie du cirque du Soleil

Publié le par Chris

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J’ai rêvé d’une étrange tribu.


          C’était dans un désert fait de sable et de nuages rouges, seul le ciel était d’un bleu trop clair, trop cruel. Au loin se promenait un troupeau d’éléphants aux pattes longues et minces, un peu comme ceux qui errent dans les toiles de Dalí. Cette tribu forme une longue caravane, s’étirant à travers le labyrinthe des dunes, ils marchent, ils errent et pourchassent des chimères. Tu l’auras compris, ce sont des saltimbanques en voyage. Les acrobates ont leurs costumes de voyage sous leurs habits de scène, dans leurs têtes ils voltigent d’un fil à l’autre, funambules le jour, somnambules la nuit. La danseuse équestre est sur son étalon lui murmurant des paroles connues de personne. Sana doute lui livre-t-elle sa dernière idée pour leur numéro. L’artiste-chamane ou la chamane-comédienne marche, se penchant parfois au sol pour écouter le chant de la terre, parfois au ciel pour la mélodie du vent, elle s’en inspire pour sa propre partition.  Le doyen de la caravane, vieux sorcier et facétieux acteur, avance en échasse. Ses pas imitent ceux des éléphants et le mène, lui qui dirige la caravane, vers le prochain lieu de scène.

La nuit tombe et le bivouac s’installe.

              Demain on joue. Le public est encore, une fois de plus, venu nombreux, il ne faudra pas le décevoir. Chacun sait ce qu’il a à faire, et ainsi chacun vague à ses derniers préparatifs. Le joueur de djembé se remémore tout les temps, en resserrant la peau de son tambour. A ses côtés le magicien prépare ses artifices et ses tours, en secouant ses manches. Ce n’est plus leurs débuts, mais à chaque nouvel arrêt, c’est toujours la première fois. Ils en parlent avec fébrilité. La costumière répare les accros du costume de l’homme-oiseau, les jongleurs répètent et re-répètent leur routine, poussant un juron à chaque massue ou bâton tombé au sol. Les techniciens vérifient leurs lumières en blaguant autour du feu. Le prince fait l’amour avec la princesse, pour mieux encore, si cela est possible, jouer leurs drames et leur amour sur scène. Ils diront que c’est toujours possible de faire mieux.

C’est l’heure, l’heure de vivre vraiment.

               Et enfin, c’est le bruissement, la vague rumeur, le silence dans l’espace éternel de quelques secondes. Un pas dans l’ombre et un rayon de lumière. La première mesure. C’est une tribu qui ne vit que pour cet instant, le moment où ils rentrent sur scène. Un tressaillement et la lumière est sur eux. Ils sont alors là, chargés de leurs vies, leurs souffrances et leurs rêves. Dans les yeux des enfants de la ville, c’est soudain leurs univers qui explosent, et de vastes chemins invisibles qui peu à peu se dessinent. Enfin, après le feu en furie, les flammes en fête, et la représentation finie, les saluts pliés et les décors rangés, s’ils sont contents d’eux ils iront rire et danser entre eux. Sinon ils s’en iront se rendre ivres, ressasser leur mélancolie et clamer à qui veut les entendre des vers d’Apollinaire.

Que leurs arts demeurent.

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Publié dans fictions d'essai

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