Interrogation littéraire sur le poststructuralisme de Babel II

Publié le par Chris

 

 

Il me faut faire un dernier lien, certes critiqués et ténus, mais qui reste un espoir, une filiation, pour tout ceux qui veulent changer le monde.

 

Le mouvement étudiant de 1968 a balayé toute l'Europe, luttant contre l'autoritarisme des institutions éducatives et menaçant brièvement, en France, l'Etat capitalisme. Et le postsrtucturalisme est le produit de son illusion et de sa désillusion. Mais c'est l'opposition à toute les formes de théories politiques totales et aux organisations qui cherchent à analyser les structures de la société. Précisément l'idée de système est la principale cible de ce mouvement. Structure, idéologie ou Système. Maintenant nous cherchons soit à recréer des systèmes à taille humaine, soit dépassant de si haut tout les hommes qu'ils ne peuvent être représenter par des systèmes étatiques. Toutes les idées politiques se construisant en système, et elles le sont majoritairement, ne peuvent être positive que si elle vise un état de la société non systématique. Le marxisme est de ce genre d'idée mais en ne restant qu'à l'état de système, elle s'est révélée faire partie du problème et non pas une solution. Ainsi nous pouvons accuser toutes les pensées systématiques totales comme aliénantes et mauvaises pour l'homme. A ces pensées s'opposent les courants anarchistes, libertaires, féministes, de libération sexuelle, de psychologie non totalisante. Mais cette liste pourrait être longue – j'oublie les altermondialistes et écologistes-.

Et notre tâche, ici et maintenant, ne serait peut-être pas tant de nommer ces différents courants ou de les peaufiner, mais plutôt, et c'est là une hypothèse, de libérer les domaines du savoir encore envahit par des pensées totalisantes pour en faire des outils de libération de l'homme. Ceci serait un travail d'underground. Un autre travail d'avant-garde doit se pencher sur les extrêmes de la société et y trouver dedans l'énergie de faire évoluer la société dans un meilleur sens. Ces extrêmes seront là où les pensées totalisantes y seront inefficaces. Les différents groupes sociaux marginalisés ou les courants locaux, diffus, et hostiles aux formes classiques. Par exemple, le féminisme s'il développe des alternatives libertaires et « décentrés », rejetant la pensée systématique comme mâle. Le poststructuralisme nous avertit toutefois que la pire erreur est, et beaucoup l'on faite, de croire que ces projets locaux et ces engagements restreints peuvent se réunir dans une compréhension générale du fonctionnement du capitalisme monopoliste.

 

Nous ne pourront jamais comprendre Babel totalement, peut-être Babel n'a pas de centre, peut-être que nous sommes juste plonger dans l'illusion de croire que Babel existe totalement. Il ne faut pas vouloir détruire Babel pour la reconstruire ensuite. Babel est un amas de système de pensée voulant sans cesse la reformer. Nous ne pourrons jamais réunir tout les ennemis de Babel. Nous resterons alors libre mais seul. Ce sera le prix de la chute de Babel, peut-être. Le pouvoir de Babel est une force fluide, une énergie qui infiltre chacun des groupes sociaux de la société, des pensées, et des mots. Babel n'existe peut-être pas et ainsi il ne peut être « combattu », peut-être l'ultime défense de Babel est son illusion qu'elle nous tend et qui nous fait croire qu'elle existe et qu'elle est totale, monolithique et centrale. Mais cela n'est pas clair.

 

Cette structure totale, que l'on peut nommée d'un point de vue politique – du rapport de moi avec les autres- et dans mon imaginaire Babel, est identifié historiquement comme le capitalisme monopoliste armé et répressif et les politiques staliniennes qui prétendent s'y opposer mais qui sont en fait complices de son fonctionnement. Mais, elle est peut-être bien plus large que cela. Le risque que j'aperçois maintenant serait de fuir toute confrontation politique ou tomber dans un profond scepticisme de gauche. Si la réalité est construite par notre discours plutôt que reflétée par lui, comment pouvons-nous connaître la réalité en dehors de notre propre discours?  

 

 

 

 

Terry EAGLETON Critique et théorie littéraire : une introduction traduit de l'anglais par Waryse Souchard, Paris, PUF , 1994 (1983)

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Publié dans fictions d'essai

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