fragment de récit
Léo sortit de sa couchette, descendit de la caravane pour savourer la fraîcheur du vent du Nord. Les bourrasques de vent froid séchèrent bien vite ces yeux mouillés et d’un pas peu assuré il se promena dans le camp de ses gens qui l’avait accueilli.
Les femmes, occupés à leurs cuisines, lui sourirent mais furent incapables de comprendre son langage. Léo ne parlait que la langue de son pays à part quelques patois des environs et ne savait quoi faire pour remercier ses gens. La plus vigoureuse de ses femmes, lui indiqua une petite colline, en dehors du cercle des caravanes, où il aperçut un groupe d’homme. La couverture bariolée sur les épaules, il se dirigea vers la petite colline verte. Les hommes étaient assis en cercle, formant un groupe de quarante hommes qui chantaient tout ensemble, en battant la cadence avec leurs mains. Comme il s’approchait de ces hommes, l’un d’eux lui fit signe de la main de venir s’asseoir à côté de lui, le cercle s’élargit un peu Léo s’assit parmis eux. Celui qui lui avait fait signe, lui sourit, posa un index sur ses lèvres, et puis montra ses yeux, pour lui intimider le conseil de bien regardé ce qui allait s’ensuivre.
Les hommes étaient vêtus de large vêtement de cuir, où l’on sentait le lent tannage des voyages. Si certains portaient de grosses chemises de toiles, d’autres restaient torse nu, l’air méditatif. Léo écouta mieux le chant, il était lent mais régulier, comme une attente entre les chanteurs, un entraînement. Incapable de reconnaître certains instruments, Léo fixa le rythme de ses mains sur la cadence des gros djembés et observa mieux les hommes, quand soudain, une dizaine se levèrent et à pas lents, entrèrent dans le cercle, toujours chantant. Léo les observa se déplacer lentement, se déliant les muscles de leurs corps souples. Le rythme lent s’envolant au-dessus d’eux dans le vent du Nord. Puis, au bout d’un moment, tous re-rentrèrent dans le cercle, s’accroupissant à leur place, pendant que deux de ces hommes, torses nus, restèrent au milieu, se fixant.
Léo remarqua que l’un était fin, et souple, ses pas étaient saccadés et rapides. Ses cheveux blonds étaient une cascade de dreads blondes courant le long de son dos noueux. Son regard bleu reflétait une profonde malice. Sa petite taille était compensée par l’énergie presque palpable qui se dégageait de son corps. Ses muscles roulaient lentement sous sa peau, comme si elle avait abrité des serpents près à bondir au ciel. Le voyant Léo comprit qu’il allait assister à une danse particulière de ses sauveurs.
L’autre homme ressemblait davantage à un taureau, il en avait le large torse développé et ses larges jambes montraient une force étonnante. Son visage taillé dur, de courts cheveux bruns, et des yeux marron surplombait un menton carré, et une bouche où un rictus méprisant s’était accroché. Ses mains allaient et venaient autour de lui, larges et puissante. Chacun de ses mouvements étaient stables, et aisés. Son air et la violence qu’il dégageait impressionna Léo. Il se demandait si en réalité il n’allait pas assisté à un combat.
Peu à peu, et de façon imperceptible, les deux hommes marchaient lentement en rond, l’un derrière l’autre, puis se firent face, au centre du cercle. Ils s’accroupirent, et se joignirent les mains. Un long moment s’écoula, les chants étranges et la musique rythma cet éblouissant instant d’immobilité où d’aucun ne bougeait mais se regardant fixement. Léo comprit que le combat, ou la danse, ou les deux même commençait maintenant. Les deux hommes se séparèrent, se positionnèrent à l’intérieur du cercle, et d’un coup, ils s’élancèrent l’un contre l’autre…